Wednesday, March 8, 2017
Après la démocracie — Emmanuel Todd
Emmanuel Todd — Après la démocratie. Paris: Gallimard, 2008.
"Les hommes croient, depuis longtemps, posture mentale devenue avec le temps une habitude. L'athéisme lutte pour l'émancipation de l'esprit contre un dogme religieux hérité du passé: il est mouvement, conflit. Privé d'adversaire, il doute, fléchit et s'effondre. La déchristianisation conduit donc à une situation paradoxale: l'incroyant semble ne se sentir bien dans sa certitude que s'il y a encore dans la société une Église, minoritaire, mais porteuse d'une croyance positive en l'existemce de Dieu, qu'il peut critiquer et nier.
Le saut dans l'irrationnel de la foi avait, à la fin de l'Empire romain, permis la construction d'un système explicatif et moral stable et rassurant. Le christianisme avait alors réglé, sur le plan psychologique, la question de la mort, cette dimension incompréhensible de la condition humaine.
L'abandon de la foi émancipe certes l'homme d'un ramassis de mythes indémontrables, mais il le fait atterrir dans le non-sens de sa propre vie. Tant qu'il y a encore des croyances à dénoncer, des croyants à libérer, l'existence a encore un sens, métaphysique. mais la disparition du dernier groupe solidement organisé de croyants donne le signal du mal-être pour les vainqueurs, qui, libérés de tout, ne peuvent que constater qu'ils ne sont rien, rien qui ait un sens du moins. La mort de l'Église réactive la question de la mort de l'individu.
Au delà de l'interrogation métaphysique de base, toutes les construction idéologiques et politiques ayant pour fondement théorique l'inexistence du Ciel sont ébranlées. La disparition du paradis, de l'enfer et du purgatoire dévalorise bizarrement tous les paradis terrestres, qu'ils soient grandioses, de type stalinien, ou d'échelle plus modeste, républicain. Alors commence la quête désespérée du sens qui, banalement, va se fixer sur la recherche de sensations extrêmes dans des domaines historiquement répertoriés: argent, sexualité, violence — tout ce que la religion contrôlait."
(p.33-34)
[...]
"L'argent, la sexualité et la violence sont désormais au centre de notre dispositif mental et médiatique. Les anxiolytiques ne peuvent remplacer complètement les croyances collectives."
[...] (à propos du succès en librairie de Marc Aurèle et de Sénèque...)
"Il y a deux millénaires en effet la pensée antique eut à définir, dans le cadre d'un effondrement des religions païennes, un sens purement terrestre de la vie, une discipline de l'âme et du corps pour opérer dans un monde privé de ses dieux. Cette prodigieuse tentative, ne l'oublions pas, fut un échec et déboucha, on l'a dit, sur le saut massif dans l'irrationnel de la vie éternelle et du christianisme."
(p.35)
"La baisse des impôts des plus favorisés est un aspect important de la politique mise en œuvre pas Nicholas Sarkozy. On aurait cependant tord d'y voir la manifestation d'une conscience de classe. L'histoire nous montre plutôt que les classes supérieures, lorsqu'elles ont conscience d'elles-même, lorsqu'un dessein les anime et qu'elles aspirent à diriger la société, se font un devoir de payer l'impôt, que ce soit un impôt au sens strict ou un impôt du sang dans le cas des noblesses militaires. Une classe dirigeante qui cherche à se débarrasser de ses obligations fiscales et sociales est un groupe en perdition, un non-groupe plutôt, une collection de narcisses économiques égarés dans l'Histoire. La diminution des impôts est aujourd'hui présentée comme une revendication modernisatrice. Si elle est menée à son terme, elle contribuera à désagréger l'État et la structure sociale. Les historiens pourraient alors comparer les luttes antifiscales du début du troisième millénaire à la fuite devant l'impôt qui caractérisait l'aristocratie mérovingienne à l'époque des Rois fainéants."
(p. 178-179)
"Les classes supérieurs, elles aussi, évoluent. D'un côté, l'éjection du groupe dominant des "éduqués sans capital" produit un phénomène de séparation des plus riches d'avec la société ; de l'autre, l'élévation incessante du niveau de privilège déréalise la vie concrète des individus les plus riches, de moins en moins capables de concevoir les difficultés concrètes qu'éprouve le gros de la population. Pour ce groupe dominant, en outre, l'utilité marginale de l'argent tend vers zéro ; au delà d'une certaine quantité, l'argent ne sert plus à rien de concret. Aucune dépense, si extravagante soit-elle, ne parviendra à l'éponger — pas même des bouteilles de cognac à 3000 dollars ou des nabuchodonosors de champagne (15 litres) à 35 000. L'accroissement des richesses finit même par nourrir une sorte d'exaspération, puisqu'il apparaît finalement au P-DG les plus stupide comme au requin des affaires le plus borné que l'accroissement indéfini de son périmètre de défense monétaire n'allongera ni n'élargira sa vie. L'humaine condition est toujours là, indépassable, aussi résistante au veau d'or qu'elle le fut aux idéologies."
[...]
"Autrefois, les privilégiés se livraient volontiers à la philanthropie, laquelle dérivait d'un sens religieux de la responsabilité sociale. Les patrons construisaient des logement ouvriers. Mais justement, la caractéristique fondamentale de la mentalité économique actuelle est d'avoir atteint le stade de l'épure absolue, d'une sécheresse revendiquée : une véritable éthique de la non-redistribution. L'économie doctrinaire du néolibéralisme exige que l'on élimine toute forme d'assistance, que l'on réduise l'homme à sa valeur sur le marché à l'instant "t"."
(p.189-190)
Après la démocratie selon Todd: démocratie ethnique plus restreinte à un groupe ethnique dominant (modèle israélien ou américain) ou abolition de la démocratie pour un système censitaire/oligarchique... La seule alternative positive serait une système de protectionnisme régional dans un esprit de solidarité et de renouveau d'un projet commun, qui mette fin à l'infinie pression sur le salaires que cause le libre-échange et la mondialisation. Le narcissisme contemporain des individus est-il indépassable à notre époque, où pouvons nous réinvestir des croyances communes qui nous feront avancer vers un futur moins sombre et plus solidaire?
Portrait de l'home d'affaires en prédateur — Michel Villette et Catherine Vuillermot
Michel Villette et Catherine Vuillermot — Portrait de l'homme d'affaires en prédateur. Paris: La Découverte, 2007.
Ils résument Crawford Brough MacPherson à propos des caractéristiques de l'être-au-monde de l'homme libéral:
"— Ce qui fait qu'un homme est un homme, c'est qu'il est émancipé par rapport à la volonté des autres.
— Cette émancipation signifie qu'il n'a pas d'autres rapports à autrui que ceux dans lesquels il veut bien s'engager en vue de réaliser son propre intérêt.
—Propriétaire de sa propre personne et de ses propres facultés, il ne doit rien à personne.
—Il peut aliéner sa force de travail et s'engager dans les rapports marchands.
—L'ensemble des rapports marchands crée la société.
— Puisque l'émancipation au regard de la volonté d'autrui est ce qui fait qu'un homme est un homme, la liberté de chaque individu ne peut être légitimement limités que par des obligations et des règles nécessaires pour garantir aux autres la même liberté.
—La société politique est une contrainte instituée pour la protection de l'individu dans sa personne et dans ses biens, et donc pour ;a conservation des rapports d'échange ordonnés entre les individus considérés comme propriétaires d'eux-même."
(p.113)
"On peut faire l'hypothèse que, tout en cherchant l'équité dans les échanges et l'honnêteté dans les affaires, les institutions du capitalisme sont organisées pour ne pas trop en savoir. En d'autres termes, une forte dose de méconnaissance est indispensable au maintien de leur légitimité. Elles tendent toujours à limiter leur action à l'arbitrage des différends qui surviennent lorsque certaines parties protestent avec trop de véhémence. Dans ce cas, elles désignent un bouc émissaire, temporisent, attribuent aux victimes des réparations acceptables ou, lorsque le laxisme a engendré des abus, se préservent en modifiant la règle, obligeant du même coup les hommes d'affaires à adapter leurs techniques de prédation par l'exploitation d'autres trous dans la réglementation.
Dans les arènes politiques, médiatiques et judiciaires, dans les organismes professionnels, des experts et des représentants des corps constitués supposent possible d'encourager la contribution des entrepreneurs à la prospérité générale et, en même temps, de réprimer tout ce qui pourrait ressembler à une prédation. Ils font comme si toutes les bonnes affaires devaient nécessairement être équitables et travaillent à organiser et réguler les marchés en conséquence."
(p.224-225)
"Asymétrie de l'information, incomplétude des contrats et opportunisme ne sont pas des causes déplorables du fonctionnement imparfait des institutions du capitalisme (le marché, l'entreprise et l'État), mais des constructions sociales centrales du capitalisme réel, développées et entretenues avec soin au fil des transactions quotidiennes par les hommes d'affaires et les fournisseurs de prestations intellectuelles qui les entourent (avocats d'affaires, fiscalistes, comptables, commissaires aux comptes, etc.). Nous ne voulons pas dire que les hommes d'affaires ne contribuent pas à leur manière à la prospérité générale, mais simplement que l'arrangement et l'exploitation systématique des imperfections de marché sont des pratiques bâtardes, compléments nécessaires aux institutions légitimes du capitalisme, qui ne sauraient fonctionner sans elles."
(p.229)
Ils résument Crawford Brough MacPherson à propos des caractéristiques de l'être-au-monde de l'homme libéral:
"— Ce qui fait qu'un homme est un homme, c'est qu'il est émancipé par rapport à la volonté des autres.
— Cette émancipation signifie qu'il n'a pas d'autres rapports à autrui que ceux dans lesquels il veut bien s'engager en vue de réaliser son propre intérêt.
—Propriétaire de sa propre personne et de ses propres facultés, il ne doit rien à personne.
—Il peut aliéner sa force de travail et s'engager dans les rapports marchands.
—L'ensemble des rapports marchands crée la société.
— Puisque l'émancipation au regard de la volonté d'autrui est ce qui fait qu'un homme est un homme, la liberté de chaque individu ne peut être légitimement limités que par des obligations et des règles nécessaires pour garantir aux autres la même liberté.
—La société politique est une contrainte instituée pour la protection de l'individu dans sa personne et dans ses biens, et donc pour ;a conservation des rapports d'échange ordonnés entre les individus considérés comme propriétaires d'eux-même."
(p.113)
"On peut faire l'hypothèse que, tout en cherchant l'équité dans les échanges et l'honnêteté dans les affaires, les institutions du capitalisme sont organisées pour ne pas trop en savoir. En d'autres termes, une forte dose de méconnaissance est indispensable au maintien de leur légitimité. Elles tendent toujours à limiter leur action à l'arbitrage des différends qui surviennent lorsque certaines parties protestent avec trop de véhémence. Dans ce cas, elles désignent un bouc émissaire, temporisent, attribuent aux victimes des réparations acceptables ou, lorsque le laxisme a engendré des abus, se préservent en modifiant la règle, obligeant du même coup les hommes d'affaires à adapter leurs techniques de prédation par l'exploitation d'autres trous dans la réglementation.
Dans les arènes politiques, médiatiques et judiciaires, dans les organismes professionnels, des experts et des représentants des corps constitués supposent possible d'encourager la contribution des entrepreneurs à la prospérité générale et, en même temps, de réprimer tout ce qui pourrait ressembler à une prédation. Ils font comme si toutes les bonnes affaires devaient nécessairement être équitables et travaillent à organiser et réguler les marchés en conséquence."
(p.224-225)
"Asymétrie de l'information, incomplétude des contrats et opportunisme ne sont pas des causes déplorables du fonctionnement imparfait des institutions du capitalisme (le marché, l'entreprise et l'État), mais des constructions sociales centrales du capitalisme réel, développées et entretenues avec soin au fil des transactions quotidiennes par les hommes d'affaires et les fournisseurs de prestations intellectuelles qui les entourent (avocats d'affaires, fiscalistes, comptables, commissaires aux comptes, etc.). Nous ne voulons pas dire que les hommes d'affaires ne contribuent pas à leur manière à la prospérité générale, mais simplement que l'arrangement et l'exploitation systématique des imperfections de marché sont des pratiques bâtardes, compléments nécessaires aux institutions légitimes du capitalisme, qui ne sauraient fonctionner sans elles."
(p.229)
Wednesday, November 16, 2016
Introdution à la sociologie par sept grands auteurs — Natalie Rigaux
Introdution à la sociologie par sept grands auteurs — Natalie Rigaux
Bruxelles, de boeck, 2011
Durkheim définit le fait social par deux critères:
- il est extérieur aux consciences individuelles;
- il exerce sur elles une contrainte
donc c'est une chose qu'on peut étudier objectivement (positivisme)
Weber insiste au contraire sur l'action sociale:
- il y a action s'il y a signification pour l'acteur de sa conduite;
- l'action est sociale si elle se rapporte,d'après le sens que lui donne l'acteur, aux actions des autres individus
donc on ne peut que passer par la subjectivité des acteurs pour comprendre le social - le monde social n'est qu'une sorte de bricolage, un réseau d'intentions bricolé à partir de perceptions incomplètes, imparfaites, d'intérêts plus ou moins clairs ou inavouables... (voir la pièce de Claude Javeau)
Concepts avec les auteurs correspondants:
Action rationnelle par rapport à un but/action instrumentale: type de rationalité focalisée sur la recherche des moyens efficaces permettant d'atteindre une finalité donnée, non interrogée comme telle.
Bureaucratie: pour M. Weber, il s'agit d'une forme d'organisation du travail visant l'efficacité par la spécialisation des fonctions, la dépersonnalisation et la formalisation du pouvoir.
Domination charismatique: forme de domination reposant sur la reconnaissance par les adeptes des qualités exceptionnelles du chef, lui permettant d'imposer sa vision sans devoir respecter les lois; forme transitoire entre la tradition et la modernité ou forme d'opposition à la logique rationnelle légale.
Domination rationnelle légale: forme de domination impersonnelle, tirant sa légitimité d'une règle devant laquelle tous sont égaux et appliquée au moyen d'une machine judiciaire et administrative, v. bureaucratie.
Domination traditionnelle: forme de domination tirant sa légitimité de la conformité à une règle sacrée, conférant une dignité personnelle au détenteur du pourvoir.
Idéaltype: correspond à la manière dont M. Weber analyse le statut des concepts construits en science humaine; ceux-ci sont le fruit d'une sélection des traits du phénomène à étudier permettant de mieux le comprendre en se concentrant sur ce qui en constitue l'essentiel.
Modernité: identifiée par trois phénomènes majeurs: la révolution démocratique, la révolution industrielle et l'expansion coloniale. La sociologie s'est formée dans un effort d'en comprendre la nature.
Rationalisation: processus dans lequel est engagé, selon M. Weber, la société occidentale, qui consiste en la domination progressive d'une forme de rationalité — instrumentale — sur toutes les sphères de l'existence.
Communauté (Gemeinschaft): F. Tönnies la définit comme une modalité du vivre-ensemble supposant un soumission de l'individu au groupe, au projet et aux valeurs communes auxquelles celui-ci adhère. Il s'agit d'une union des emblables, souvent hostiles à tout ce qui est extérieur au groupe.
Société (Gesellschaft): F. Tönnies la définit comme une modalité du vivre-ensemble reposant sur la poursuite de l'intérêt individuel, justifiant seul le lien à autrui. Une rationalité matérialiste et calculatrice l'oriente, qui rend possible un certain universalisme.
Anti-utilitarisme: systématisé par le M.A.U.S.S., ces paradigme entend prendre en compte les manières d'être à la fois intéressées et désintéressées des individues suivant des combinaisons variables selon les sociétés et les sphères d'activité considérées, critiquant en cela la vision utilitariste de l'humain.
Don: logique d'échange d'abord identifiée par M. Mauss, puis reprise pour comprendre les sociétés contemporaines par le M.A.U.S.S., qui fonctionne selon un cycle à trois temps (donner, recevoir, rendre) afin de créer ou d'entretenir le lien social.
Fait social total: M. Mauss le définit comme un fait où s'exprime de multiples institutions (religieuse, économique, politique...) et par lequel tout le système social se mobilise.
Utilitarisme: paradigme très présent en science économique, mais également dans les autres sciences humaines, selon lequel les individus déterminent leur action en fonction de leur intérêt, celui-ci étant calculable (selon la critique qu'en fait le M.A.U.S.S.).
Capital: tout type de ressource économique, culturelle, sociale...) pouvant être utile aux agents sociaux dans un champ déterminé.
Habitus: principe générateur de pratiques dans les domaines de l'action et système de classement, conditionnant la perception du monde et des gens, et orientant vers les position sociales les plus proches.
Pouvoir symbolique: pouvoir associé à un fort capital symbolique et permettant à ceux qui le détiennent de faire passer pour neutres, objectives des catégories de perception renforçant l'ordre établi, en l'occurrence, les avantagent.
Communauté destructrice: forme de lien social propre à la société contemporaine selon R. Sennett, unissant des individus semblables (par le positionnement social, culturel, religieux...), valorisant l'être commun au détriment de l'action collective, tendant à l'exclure, voire à détruire l'autre dans la mesure où il est différent.
Idéologie de l'intimité: système d'idées très présent dans le monde contemporain selon lequel les relations intimes sont seules valorisée, apparaissant même comme les seules à être "vraies"; se connaître devient une fin en soi, les rapports sociaux et politiques n'étant appréciés qu'à l'aune de catégories psychologiques.
Narcissisme: au sens où l'entend R. Sennett, il s'agit d'une caractéristique que tend à développer l'individu contemporain, l'amenant à se désintéresser du monde extérieur dans la mesure où il ne lui renvoie pas son image ou ne lui parle pas de ses problèmes personnels. L'individu se focalise alors sur l'être plutôt que le faire, désinvestissant en particulier l'action collective impersonnelle.
Holisme méthodologique: choix épistémologique qui consiste à privilégier l'étude de la totalité — le social — plutôt que ses parties — chaque individu.
Individualisme méthodologique: choix épistémologique qui consiste à prendre pour unité d'analyse
l'individu et son action.
Paradigme: selon T. Kuhn, consensus existant au sein d'une communauté scientifique à propos de la manière de voir le monde (des faits à étudier) et de le connaître (du rapport aux faits, de la méthode à développer).
Bruxelles, de boeck, 2011
Durkheim définit le fait social par deux critères:
- il est extérieur aux consciences individuelles;
- il exerce sur elles une contrainte
donc c'est une chose qu'on peut étudier objectivement (positivisme)
Weber insiste au contraire sur l'action sociale:
- il y a action s'il y a signification pour l'acteur de sa conduite;
- l'action est sociale si elle se rapporte,d'après le sens que lui donne l'acteur, aux actions des autres individus
donc on ne peut que passer par la subjectivité des acteurs pour comprendre le social - le monde social n'est qu'une sorte de bricolage, un réseau d'intentions bricolé à partir de perceptions incomplètes, imparfaites, d'intérêts plus ou moins clairs ou inavouables... (voir la pièce de Claude Javeau)
Concepts avec les auteurs correspondants:
Max Weber
Action rationnelle par rapport à ses valeurs: type de rationalité soucieuse avant tout du respect des valeurs choisies qui peut aller jusqu'à la non-prise en compte des conséquences de l'action.Action rationnelle par rapport à un but/action instrumentale: type de rationalité focalisée sur la recherche des moyens efficaces permettant d'atteindre une finalité donnée, non interrogée comme telle.
Bureaucratie: pour M. Weber, il s'agit d'une forme d'organisation du travail visant l'efficacité par la spécialisation des fonctions, la dépersonnalisation et la formalisation du pouvoir.
Domination charismatique: forme de domination reposant sur la reconnaissance par les adeptes des qualités exceptionnelles du chef, lui permettant d'imposer sa vision sans devoir respecter les lois; forme transitoire entre la tradition et la modernité ou forme d'opposition à la logique rationnelle légale.
Domination rationnelle légale: forme de domination impersonnelle, tirant sa légitimité d'une règle devant laquelle tous sont égaux et appliquée au moyen d'une machine judiciaire et administrative, v. bureaucratie.
Domination traditionnelle: forme de domination tirant sa légitimité de la conformité à une règle sacrée, conférant une dignité personnelle au détenteur du pourvoir.
Idéaltype: correspond à la manière dont M. Weber analyse le statut des concepts construits en science humaine; ceux-ci sont le fruit d'une sélection des traits du phénomène à étudier permettant de mieux le comprendre en se concentrant sur ce qui en constitue l'essentiel.
Modernité: identifiée par trois phénomènes majeurs: la révolution démocratique, la révolution industrielle et l'expansion coloniale. La sociologie s'est formée dans un effort d'en comprendre la nature.
Rationalisation: processus dans lequel est engagé, selon M. Weber, la société occidentale, qui consiste en la domination progressive d'une forme de rationalité — instrumentale — sur toutes les sphères de l'existence.
Ferdinand Tönnies
Communauté (Gemeinschaft): F. Tönnies la définit comme une modalité du vivre-ensemble supposant un soumission de l'individu au groupe, au projet et aux valeurs communes auxquelles celui-ci adhère. Il s'agit d'une union des emblables, souvent hostiles à tout ce qui est extérieur au groupe.
Société (Gesellschaft): F. Tönnies la définit comme une modalité du vivre-ensemble reposant sur la poursuite de l'intérêt individuel, justifiant seul le lien à autrui. Une rationalité matérialiste et calculatrice l'oriente, qui rend possible un certain universalisme.
Le M.A.U.S.S.
Anti-utilitarisme: systématisé par le M.A.U.S.S., ces paradigme entend prendre en compte les manières d'être à la fois intéressées et désintéressées des individues suivant des combinaisons variables selon les sociétés et les sphères d'activité considérées, critiquant en cela la vision utilitariste de l'humain.
Don: logique d'échange d'abord identifiée par M. Mauss, puis reprise pour comprendre les sociétés contemporaines par le M.A.U.S.S., qui fonctionne selon un cycle à trois temps (donner, recevoir, rendre) afin de créer ou d'entretenir le lien social.
Fait social total: M. Mauss le définit comme un fait où s'exprime de multiples institutions (religieuse, économique, politique...) et par lequel tout le système social se mobilise.
Utilitarisme: paradigme très présent en science économique, mais également dans les autres sciences humaines, selon lequel les individus déterminent leur action en fonction de leur intérêt, celui-ci étant calculable (selon la critique qu'en fait le M.A.U.S.S.).
Pierre Bourdieu
Capital: tout type de ressource économique, culturelle, sociale...) pouvant être utile aux agents sociaux dans un champ déterminé.
Habitus: principe générateur de pratiques dans les domaines de l'action et système de classement, conditionnant la perception du monde et des gens, et orientant vers les position sociales les plus proches.
Pouvoir symbolique: pouvoir associé à un fort capital symbolique et permettant à ceux qui le détiennent de faire passer pour neutres, objectives des catégories de perception renforçant l'ordre établi, en l'occurrence, les avantagent.
Richard Sennett
Communauté destructrice: forme de lien social propre à la société contemporaine selon R. Sennett, unissant des individus semblables (par le positionnement social, culturel, religieux...), valorisant l'être commun au détriment de l'action collective, tendant à l'exclure, voire à détruire l'autre dans la mesure où il est différent.
Idéologie de l'intimité: système d'idées très présent dans le monde contemporain selon lequel les relations intimes sont seules valorisée, apparaissant même comme les seules à être "vraies"; se connaître devient une fin en soi, les rapports sociaux et politiques n'étant appréciés qu'à l'aune de catégories psychologiques.
Narcissisme: au sens où l'entend R. Sennett, il s'agit d'une caractéristique que tend à développer l'individu contemporain, l'amenant à se désintéresser du monde extérieur dans la mesure où il ne lui renvoie pas son image ou ne lui parle pas de ses problèmes personnels. L'individu se focalise alors sur l'être plutôt que le faire, désinvestissant en particulier l'action collective impersonnelle.
Divers concepts
Constructivisme: paradigme visant la prise en compte sur un mode dialectique de l'objectivité des faits (ce en quoi ils s'imposent à nous) et de notre contribution à leur production et à leur interprétation (selon P. Berger et Th. Luckmann). — synthèse des points de vue de Durkheim et Weber.Holisme méthodologique: choix épistémologique qui consiste à privilégier l'étude de la totalité — le social — plutôt que ses parties — chaque individu.
Individualisme méthodologique: choix épistémologique qui consiste à prendre pour unité d'analyse
l'individu et son action.
Paradigme: selon T. Kuhn, consensus existant au sein d'une communauté scientifique à propos de la manière de voir le monde (des faits à étudier) et de le connaître (du rapport aux faits, de la méthode à développer).
Sunday, July 31, 2016
Apprendre à philosopher avec Pierre Bourdieu - Adelino Braz
"L'élaboration de ces trois principes constitutifs des modalités épistémologiques (principe de la non-conscience; la détermination des structures mentales à partir des structures sociales; le primat accordé aux relations), souligne à quel point il s'agit pour cette sociologie critique de dépasser des oppositions stériles qui en réalité entretiennent entre elles des interactions. Ce qui est visé ici par Bourdieu, c'est de parvenir à dévoiler des invariants, des ensembles de relations entre des structures stables, durables et dont la caractéristique est de s'inscrire dans le temps, dans la mesure où elles se reproduisent." (p.29)
"'Il y a effet de champ, développe Bourdieu, lorsque l'on ne peut plus comprendre une oeuvre (et la valeur, c'est-à-dire la croyance, qui lui est accordée) sans reconnaître l'histoire de production de l'oeuvre'. La conséquence d'une telle analyse est alors sans appel: cette redondance du monde social limite l'espace des possibles dans la mesure où les tendances des agents sociaux reconstituent les structures déjà existantes. À cela s'ajoutent les tendances immanentes des univers sociaux, des champs qui assurent la conservation de l'ordre établi dans la mesure où ils sont l'effet de mécanismes indépendants des consciences et des volontés. C'est ici qu'il est opportun de reprendre les analyses sur l'habitus, et plus exactement, sur la relation entre les espérances subjectives et les chances objectives qui contribuent, au détriment et avec la collaboration inconsciente des individus, à la constitution d'un monde commun. Ce dernier, compris comme harmonisation des conduites, est ce qui assure à la fois la reconduction des rapports de forces et la prévisibilité des actions individuelles et collectives, à partir des logiques propres à chaque champ." (p.67)
" 'le poids des différents agents dépend de leur capital symbolique, c'est-à-dire de la reconnaissance institutionnalisée ou non qu'ils reçoivent d'un groupe' (Langage, p.107). Du coup, l'efficacité sociale d'un capital culturel ou social repose sur un pouvoir symbolique exercé en société à partir de titres, de fonctions ou de réseaux qu'il est possible d'exposer et de se faire reconnaître. Autrement dit, ce qu'il y a de commun entre ses différentes propriétés de capital, c'est la nécessité d'être perçu pour exister, d'être reconnus par des agents dont les catégories de perception sont telles qu'elles confèrent à ses propriétés toutes leurs valeurs. C'est bien en ce sens que ce pouvoir symbolique ne peut véritablement s'exercer sans un symbolique du pouvoir." (p.80)
"[...] c'est le capital culturel dominant qui définit arbitrairement les codes culturels légitimes. Loin de l'idée que la culture légitime est accessible à tous, Bourdieu souligne à quel point, par sa dimension arbitraire et imposée, elle suppose des schèmes de perception et d'appréciation qui appartiennent inévitablement au pouvoir qui impose cette culture. Une culture démocratisée est de ce point de vue un oxymore puisque, par définition, elle est la culture d'un certain groupe. De ce fait, surgit alors une dissociation irrémédiable entre la culture comme savoir intellectuel et la culture comme formation universelle." (p.86)
"Il existe ainsi dans la communication un loi économique qui fixe le prix de ce qui est dit et de la façon dont cela est dit, en rapport avec les attentes et la demande spécifique à un marché. Cela implique que l'acte de communication se présente comme une 'valeur distinctive', un élément différentiel, positif ou négatif, évalué selon la loi économique du marché social concerné. Cela explique la raison pour laquelle chaque agent adapte son discours à la fois à son interlocuteur et à ce qui est attendu, ceci de façon à ce que son discours puisse avoir une valeur marchande significative dans une réalité sociale particulière. Il s'ensuit que la communication met en jeu, comme en économie, des intérêts plus ou moins convergents qu'il s'agit de négocier selon la loi de l'offre et de la demande, et des catégories de compréhension qui ne sont pas nécessairement les mêmes entre ceux qui communiquent. [...] l'espace social s'affirme comme un véritable jeu de pouvoir au sein duquel il s'agit d'acquérir un droit de parler, une autorité du discours qui soit indiscutable." (p.168)
"'Il y a effet de champ, développe Bourdieu, lorsque l'on ne peut plus comprendre une oeuvre (et la valeur, c'est-à-dire la croyance, qui lui est accordée) sans reconnaître l'histoire de production de l'oeuvre'. La conséquence d'une telle analyse est alors sans appel: cette redondance du monde social limite l'espace des possibles dans la mesure où les tendances des agents sociaux reconstituent les structures déjà existantes. À cela s'ajoutent les tendances immanentes des univers sociaux, des champs qui assurent la conservation de l'ordre établi dans la mesure où ils sont l'effet de mécanismes indépendants des consciences et des volontés. C'est ici qu'il est opportun de reprendre les analyses sur l'habitus, et plus exactement, sur la relation entre les espérances subjectives et les chances objectives qui contribuent, au détriment et avec la collaboration inconsciente des individus, à la constitution d'un monde commun. Ce dernier, compris comme harmonisation des conduites, est ce qui assure à la fois la reconduction des rapports de forces et la prévisibilité des actions individuelles et collectives, à partir des logiques propres à chaque champ." (p.67)
" 'le poids des différents agents dépend de leur capital symbolique, c'est-à-dire de la reconnaissance institutionnalisée ou non qu'ils reçoivent d'un groupe' (Langage, p.107). Du coup, l'efficacité sociale d'un capital culturel ou social repose sur un pouvoir symbolique exercé en société à partir de titres, de fonctions ou de réseaux qu'il est possible d'exposer et de se faire reconnaître. Autrement dit, ce qu'il y a de commun entre ses différentes propriétés de capital, c'est la nécessité d'être perçu pour exister, d'être reconnus par des agents dont les catégories de perception sont telles qu'elles confèrent à ses propriétés toutes leurs valeurs. C'est bien en ce sens que ce pouvoir symbolique ne peut véritablement s'exercer sans un symbolique du pouvoir." (p.80)
"[...] c'est le capital culturel dominant qui définit arbitrairement les codes culturels légitimes. Loin de l'idée que la culture légitime est accessible à tous, Bourdieu souligne à quel point, par sa dimension arbitraire et imposée, elle suppose des schèmes de perception et d'appréciation qui appartiennent inévitablement au pouvoir qui impose cette culture. Une culture démocratisée est de ce point de vue un oxymore puisque, par définition, elle est la culture d'un certain groupe. De ce fait, surgit alors une dissociation irrémédiable entre la culture comme savoir intellectuel et la culture comme formation universelle." (p.86)
"Il existe ainsi dans la communication un loi économique qui fixe le prix de ce qui est dit et de la façon dont cela est dit, en rapport avec les attentes et la demande spécifique à un marché. Cela implique que l'acte de communication se présente comme une 'valeur distinctive', un élément différentiel, positif ou négatif, évalué selon la loi économique du marché social concerné. Cela explique la raison pour laquelle chaque agent adapte son discours à la fois à son interlocuteur et à ce qui est attendu, ceci de façon à ce que son discours puisse avoir une valeur marchande significative dans une réalité sociale particulière. Il s'ensuit que la communication met en jeu, comme en économie, des intérêts plus ou moins convergents qu'il s'agit de négocier selon la loi de l'offre et de la demande, et des catégories de compréhension qui ne sont pas nécessairement les mêmes entre ceux qui communiquent. [...] l'espace social s'affirme comme un véritable jeu de pouvoir au sein duquel il s'agit d'acquérir un droit de parler, une autorité du discours qui soit indiscutable." (p.168)
Wednesday, March 2, 2016
Luc Boltanski — Énigmes et complots
Luc Boltanski — Énigmes et complots. Paris: Gallimard, 2012
Sur pourquoi les romans policiers et d'espionnage émergent à la fin du 19ème siècle:
Mais ces inquiétudes et ces tensions prennent une forme spécifique quand, dans le contexte de la montée en puissance des États-nations européens et du développement des sciences naturelles et sociales, commence à être envisagée la possibilité de mettre en cohérence différentes dimensions de la réalité — physique, géographique, économique, sociale, historique, juridique — et de les intégrer dans une forme politique globale. C'est alors vers l'État-nation, en tant que porteur de ce dessein, que convergent les inquiétudes qui ne manquent pas de se lever chaque fois que la réalité se manifeste dans sa fragilité, dans ses incohérences et ses contradictions. Il n'est donc pas étonnant que, dans ces circonstances historiques sans précédent, émergent des formes symboliques relativement nouvelles, susceptibles d'aborder ces tensions et les inquiétudes qu'elles suscitent.
p.44
Sur pourquoi les romans policiers et d'espionnage émergent à la fin du 19ème siècle:
Mais ces inquiétudes et ces tensions prennent une forme spécifique quand, dans le contexte de la montée en puissance des États-nations européens et du développement des sciences naturelles et sociales, commence à être envisagée la possibilité de mettre en cohérence différentes dimensions de la réalité — physique, géographique, économique, sociale, historique, juridique — et de les intégrer dans une forme politique globale. C'est alors vers l'État-nation, en tant que porteur de ce dessein, que convergent les inquiétudes qui ne manquent pas de se lever chaque fois que la réalité se manifeste dans sa fragilité, dans ses incohérences et ses contradictions. Il n'est donc pas étonnant que, dans ces circonstances historiques sans précédent, émergent des formes symboliques relativement nouvelles, susceptibles d'aborder ces tensions et les inquiétudes qu'elles suscitent.
p.44
Friday, December 11, 2015
Michael Hudson — The Bubble and Beyond
Hudson, Michael. The Bubble and Beyond. Fictitious Capital, Debt Deflation and Global Crisis. Desden: Islet, 2012.
The problem is that credit is debt and paying debt service to bankers and bondholders (and various grades of loan sharks) leaves less income available to spend on goods and services. So debt deflation is today's major problem, not inflation.
p.4
The question is whether finance will promote economic growth and rising living standards, or create unproductive credit and use government to enforce creditor claims by imposing austerity reducing large swaths of the world population to debt peonage.
p.5
German fear that central bank credit creation is dangerously hyper-inflationary fails to recognize that all hyperinflations have resulted from balance-of-payment deficits. Never in history has hyperinflation resulted from goverments monetizing domestic spending.
p.6
Economic statistics as currently reported are fucked up because:
Interest is treated as "profit" earned by producing the bankers' product: the debt taken on by borrowers. Treating the banks' privilege of debt creation as tangible industrial investment conflates money and credit as a "factor of production," so that interest, penalties and fees appear as part of the production process, not external to it.
p.8
As financial charges rise to absorb more corporate cash flow, real estate rents and wages, debt-burdened economies find themselves priced out of world markets. International trade competition now reflects financial, insurance and real estate (FIRE) charges more than the prince of bread and other basic commodities.
p.10
The economic tragedy of our time is the decoupling of banking, the stock market and the rest of the financial sector from the funding of new capital formation.
p.66
For over a century, the neoclassical (that is, anti-classical) counter-revolution has insisted that all economic activity is productive. This philosophical approach understandibly is preferred by the most unproductive sectors, and by the recipients of what the classical economists called unearned income (or "economic rent"), wishing to claim that their wealth and revenue is as justifiably earned as all other forms.
This was not the view of the Saint-Simonians, who pointed to the extent to which wealth was inherited rather than created by its owners. I was not the view of Adam Smith, who described landlords as loving to reap where they had not sown. It was not the view of Ricardo and subsequent rent theorists who showed that rent was a "free ride," an element of price that found no counterpart in cost defrayed by the rent recipient.
If industry has not broken from the Chicago School's financial philosophy, it is because the goals of today's industrial corporations have become increasingly financial in character. Manufacturing companies are now being run by financial rather that industrial engineers. Wall Street controls "Main Street" not the other way around. It is the essence of today's "postindustrial" economy that finance capitalism has absorbed industrial capitalism and subordinated its drives for profits with a drive to obtain financial returns, including capital gains (that is, asset-price gains) from channeling credit into securities and real estate markets. Thus, contra Marx, the dynamics of finance capital have diverted from those of industrial capital to the point of stifling industrial potential and raising the specter of plunging the industrial epoch back into the ancient usury problem that nineteeth-century observers believed was becoming a thing of the past.
p.67
The reality is that bank credit today has no cost of production beyond a modest administrative overhead. Interest rates have no determinate foundation in the "real" economy's production and consumption functions, although they intrude into that system's circular flow by siphoning off debt service, late fees — and publuc bailouts when the financial system becomes too "decoupled" from the "real" economy. Such financial charges cannot be assigned to labor or other "real" costs of production. The administered prices for interest and underwriting fees are akin to economic rent, out of which the financial sector's bloated salaries and bonuses are paid. Utilitarian economics does not apply to looting.
p.125
After the Great War's aftermath derailed the path of development toward which the Progressive Era seemed to have been heading. The vested financial and property interests mounted an ideological counter-attack, and a major arena was economic theory. The new theory's political aim — its value system, price theory, monetary theory and the tax policy this theorizing implied —reflected the shift in alliances between finance capital, real estate and industry. Instead of continuing to oppose the landed interest, the 20th century's democratization of property ownership — on credit — led to a symbiosis of finance, insurance and real estate (FIRE). To the extent that finance interfaces with industry, it has been to financialize industrial companies, not to industrialize the financial system as seemed to be occurring in the late 19th century from Germany and Cental Europe to Japan. And to the extent that finance interfaces with governement, it is first of all to finance the public construction of capital infrastructure, and then to force its sell-off — at prices far below the original cost — to buyers on credit, permitting them to factor in a proliferation of financial charges into the access fees they extract from the population. The result is the opposite direction of evolution from which 19th-century economic Darwinians expected. Instead of lowering a nation's cost structure to make it more internationally competitive, fianacialization increases prices across the board.
As noted above, the definition of "free markets" has been turned upside down. Instead of freeing markets from rent-seeking, taxing groundrent and keeping major infrastructure monopolies in the public domain, economies were deregulated to "free" fianace to load industry and governement with debts, turning profits and disposable peronal income into interest charges. Taxes has been shifted off real estate and finance onto labor and industry, while the post 1980 New Enclosure movement has increasingly privatized the public domain. And to cap matters, under the slogan of "free markets" as the antithesis to "the Road to Serfdom" (defined for all practical purposes as public regulation of the FIRE sector) planning has been centralized in the financial centers, from Wall Street to the City of London, the Paris Bourse and Frankfurt.
p.199
The problem is that credit is debt and paying debt service to bankers and bondholders (and various grades of loan sharks) leaves less income available to spend on goods and services. So debt deflation is today's major problem, not inflation.
p.4
The question is whether finance will promote economic growth and rising living standards, or create unproductive credit and use government to enforce creditor claims by imposing austerity reducing large swaths of the world population to debt peonage.
p.5
German fear that central bank credit creation is dangerously hyper-inflationary fails to recognize that all hyperinflations have resulted from balance-of-payment deficits. Never in history has hyperinflation resulted from goverments monetizing domestic spending.
p.6
Economic statistics as currently reported are fucked up because:
Interest is treated as "profit" earned by producing the bankers' product: the debt taken on by borrowers. Treating the banks' privilege of debt creation as tangible industrial investment conflates money and credit as a "factor of production," so that interest, penalties and fees appear as part of the production process, not external to it.
p.8
As financial charges rise to absorb more corporate cash flow, real estate rents and wages, debt-burdened economies find themselves priced out of world markets. International trade competition now reflects financial, insurance and real estate (FIRE) charges more than the prince of bread and other basic commodities.
p.10
The economic tragedy of our time is the decoupling of banking, the stock market and the rest of the financial sector from the funding of new capital formation.
p.66
For over a century, the neoclassical (that is, anti-classical) counter-revolution has insisted that all economic activity is productive. This philosophical approach understandibly is preferred by the most unproductive sectors, and by the recipients of what the classical economists called unearned income (or "economic rent"), wishing to claim that their wealth and revenue is as justifiably earned as all other forms.
This was not the view of the Saint-Simonians, who pointed to the extent to which wealth was inherited rather than created by its owners. I was not the view of Adam Smith, who described landlords as loving to reap where they had not sown. It was not the view of Ricardo and subsequent rent theorists who showed that rent was a "free ride," an element of price that found no counterpart in cost defrayed by the rent recipient.
If industry has not broken from the Chicago School's financial philosophy, it is because the goals of today's industrial corporations have become increasingly financial in character. Manufacturing companies are now being run by financial rather that industrial engineers. Wall Street controls "Main Street" not the other way around. It is the essence of today's "postindustrial" economy that finance capitalism has absorbed industrial capitalism and subordinated its drives for profits with a drive to obtain financial returns, including capital gains (that is, asset-price gains) from channeling credit into securities and real estate markets. Thus, contra Marx, the dynamics of finance capital have diverted from those of industrial capital to the point of stifling industrial potential and raising the specter of plunging the industrial epoch back into the ancient usury problem that nineteeth-century observers believed was becoming a thing of the past.
p.67
The reality is that bank credit today has no cost of production beyond a modest administrative overhead. Interest rates have no determinate foundation in the "real" economy's production and consumption functions, although they intrude into that system's circular flow by siphoning off debt service, late fees — and publuc bailouts when the financial system becomes too "decoupled" from the "real" economy. Such financial charges cannot be assigned to labor or other "real" costs of production. The administered prices for interest and underwriting fees are akin to economic rent, out of which the financial sector's bloated salaries and bonuses are paid. Utilitarian economics does not apply to looting.
p.125
After the Great War's aftermath derailed the path of development toward which the Progressive Era seemed to have been heading. The vested financial and property interests mounted an ideological counter-attack, and a major arena was economic theory. The new theory's political aim — its value system, price theory, monetary theory and the tax policy this theorizing implied —reflected the shift in alliances between finance capital, real estate and industry. Instead of continuing to oppose the landed interest, the 20th century's democratization of property ownership — on credit — led to a symbiosis of finance, insurance and real estate (FIRE). To the extent that finance interfaces with industry, it has been to financialize industrial companies, not to industrialize the financial system as seemed to be occurring in the late 19th century from Germany and Cental Europe to Japan. And to the extent that finance interfaces with governement, it is first of all to finance the public construction of capital infrastructure, and then to force its sell-off — at prices far below the original cost — to buyers on credit, permitting them to factor in a proliferation of financial charges into the access fees they extract from the population. The result is the opposite direction of evolution from which 19th-century economic Darwinians expected. Instead of lowering a nation's cost structure to make it more internationally competitive, fianacialization increases prices across the board.
As noted above, the definition of "free markets" has been turned upside down. Instead of freeing markets from rent-seeking, taxing groundrent and keeping major infrastructure monopolies in the public domain, economies were deregulated to "free" fianace to load industry and governement with debts, turning profits and disposable peronal income into interest charges. Taxes has been shifted off real estate and finance onto labor and industry, while the post 1980 New Enclosure movement has increasingly privatized the public domain. And to cap matters, under the slogan of "free markets" as the antithesis to "the Road to Serfdom" (defined for all practical purposes as public regulation of the FIRE sector) planning has been centralized in the financial centers, from Wall Street to the City of London, the Paris Bourse and Frankfurt.
p.199
Wednesday, December 2, 2015
Emmanuel Todd — Après l'empire
Todd, Emmanuel. Après l'empire. Essai sur la décomposition du système américain. Paris: Gallimard, 2002.
Emmanuel Todd is this clever French anthropologist/demographer/historian whose main research interest is the nature and origin of family systems around the world. His expertise on this topic allows him to formulate surprising and insightful interpretations of current events in the political and economic spheres — which he does sporadically, by writing short analytical/polemical pamphlets about stuff like America's problematic engagement with the world, the disfunctional mire of the Euro, the rise of inequality in France and other liberal democracies, and middle-class France's emerging ideology of islamophobia. He is a prominent public intellectual in France, and is usually invited to talk about his ideas on television and radio, despite holding thoughtful and articulate center-left positions which one would expect should be altogether unpalatable to the by and large moronic/hysterical/neoliberal mainstream French media. One reason he is able to have a public voice in the media is that he is very far from a radical leftist and can more or less harmlessly be used as "the voice from the left"; the other is both rhetorical and anthropological: on these "debate talk shows" he has the pleasant but slightly overbearing manner that anybody who is familiar with pugilistic French-style intellectual dinner conversation will instantly recognise, as he holds court, and gently, humorously, earnestly buldozes any inopportune opposition with his abundant good-natured conversational loquaciousness.
In this book his thesis is that America's erratic, blustering foreign policy (in 2002) can be explained by the fact that far from becoming a hegemonic imperial power, America's relative power in the world is receeding dramatically, and that it is engaging in theatrical military posturing (in Afghanistan, in Irak, etc) in order to disguise the fact that it doesn't have the might required to impose it's imperium by force on the whole planet — especially in the context of the ressurgeance of Russia as a major regional military power. Todd points out that the US economy is basically unproductive: it is largely de-industrialized and relies on the toxic alchemy of stock market, debt and imports rather than on the production of real goods... explaining its massive trade defficit and dependency on the rest of the world. So far they have gotten away with it because capital from all over the world pours into the American stock market and government bonds, figuring that this is the "safest" place to put it. But America's position is fragile and it is very dependent on Europe, Japan (and now China...) — partners it doesn't have either the soft or the hard power to constrain. In fact it is treating these essential partners badly — unlike a real perenial empire, like the Roman one, which always tend, after the period of conquest, to treat the conquered rather like normal citizens — extensions of itself. Todd argues that the US in the 90s to another course, on the contary succumbing to exclusionary/racial impulses always latent in Anglo-Saxon culture to some extent. They thus fucked up their chance to be the arbiters of the post-cold war world and, because of laziness, lack of foresight and anthropological tendency to question universalism/egalitarian stance have condemned themselves to a dangerous and unstable role as a quasi-imperial power that does not have the might of it's pretentions in the twenty-first century world...
His argument has similarities to Yanis Varoufakis's idea of America as a "global minotaur" that plays the part of recycler of industrial surplus from all over the world: a universal consumer, or provider of demand in the depressed demand context of the globalized neoliberal world (where the systematically compressed wages tend to be insufficient and cannot insure the necessary consumption of the world industrial output...) But for Varoufakis this was some sort of machiavelical plan hatched in the seventies by the American central bankers to deal with the collapse of the system put in place right after the war (America recycling its surpluses and solidifying its position in the world by massively investing in Germany and Japan... By the early senventies, there are no more American surpluses.). For Todd, more plausibly, it is merely the opportunistic and haphazard contigent reactions of a not very lucid or insightful political class and economic elite.
À travers l'histoire, les formations impériales véritables on toujours présenté deux charactéristiques, liées l'une à l'autre par des rapports fonctionnels:
— l'empire naît de la contrainte militaire, et cette contrainte permet l'extraction d'un tribut qui nourrit le centre;
— le centre finit par traiter les peuples conquis comme des citoyens ordinaires et les citoyens ordinaires comme des peuple conquis. La dynamique du pouvoir mène au développement d'un égalitarisme universaliste, dont l'origine n'est pas la liberté de tous mais l'oppression de tous. Cet universalisme né du despotisme se développe en sentiment de responsabilité vis-à-vis de tous les sujets, dans un espace politique où n'existent plus de différences essentielles entre le peuple conquérant et les peuples conquis.
p.115-116
Le rapport au monde des Ango-Saxons est mouvant. Ils ont dans la tête un frontière anthropologique, qui faut défaut aux peuples universalistes et les rapproche des peuples différentialistes, mais cette frontière peut se déplacer. Dans le sens de l'extension ou du rétrécissement. Il y a nous et les autres, mais parmi les autres certains sont comme nous et d'autres différents. Parmi les différents, certains peuvent être reclassés comme semblables. Parmi les semblables, certains peuvent peuvent être reclassés comme différents. Mais, toujours, il y a une limite séparant l'humain complet de l'autre, "there is some place where you must draw the line". L'espace mental des Anglais peut être réduit au minimum, à eux-même, mais il peut s'étendre à tous les Britanniques, et il est certainement aujourd'hui en course d'extension à l'ensemble des Européens.
L'histoire des États-Unis peut être lue comme un essai sur ce thème d'une fluctuation de la limite, avec un élargissement continu du groupe central de l'indépendance à 1965, suivi d'un rétrécissement tendanciel de 1965 à nos jours.
p.152
(Irish and Italian and Jews and to some extent Asians can be included, but by defining "the unassimilable other" as Hispanics (Mexican/Indian roots) and especially Blacks, drawing the line.)
Le libre échange, on l'a vu, induit à l'échelle planétaire des difficultés de croissance et il est désormais un frein à la prospérité du monde. À court terme, il fait vivre l'Amérique selon un mécanisme franchement baroque : la déficience de la demande qu'il engendre donne aux États-Unis le rôle de "consommateur indispensable", tandis que la montée des inégalités, autre conséquence du système, permet le gonflement des profits qui alimentent ces même États-Unis en argent frais, nécessaire au financement de la consommation.
p.176
La société américaine est en revanche le produit récent d'une expérience coloniale très réussie mais non testés par le temps: elle s'est développée en trois siècles par l'importation sur un sol doté de ressources minérales immenses, très productif sur le plan agricole parce que vierge, d'une population déjà alphabétisée. L'Amérique n'a vraisemblablement pas compsi que sa réussite résulte d'un processus d'exploitation et de dépense sans contrepartie de richesses qu'elle n'avait pas créées.
La bonne compréhension qu'ont les Européens, les Japonais ou n'importe quel d'Eurasie de la nécessité d'un équilibre écologique ou d'un équilibre de la balance commerciale est le produit d'une longue histoire paysanne. Dès le Moyen Âge, Européens, Japonais, Chinois et Indiens, par exemple, ont dû lutter contre l'épuisement des sols, constater dans les faits la rareté des ressources naturelles. Aux États-Unis, une population libéré du passé a découvert une nature en apparence inépuisable. LÉconomie a cessé d'y être la discipline qui étudie l'allocation optimale des ressources rares, pour y devenir la religion d'un dynamisme qui se désintéresse de la notion d'équilibre. Le refus par les États-Unis du protocole de Kyoto, tout comme la doctrine O'Neill sur le caractère bénin du déficit commercial résultent en partie d'une tradition culturelle. L'Amérique s'est toujours développée en épuisant ses sols, en gaspillant son pétrole, en cherchant à l'extérieur les hommes dont elle avait besoin pour travailler.
p.248-249
Emmanuel Todd is this clever French anthropologist/demographer/historian whose main research interest is the nature and origin of family systems around the world. His expertise on this topic allows him to formulate surprising and insightful interpretations of current events in the political and economic spheres — which he does sporadically, by writing short analytical/polemical pamphlets about stuff like America's problematic engagement with the world, the disfunctional mire of the Euro, the rise of inequality in France and other liberal democracies, and middle-class France's emerging ideology of islamophobia. He is a prominent public intellectual in France, and is usually invited to talk about his ideas on television and radio, despite holding thoughtful and articulate center-left positions which one would expect should be altogether unpalatable to the by and large moronic/hysterical/neoliberal mainstream French media. One reason he is able to have a public voice in the media is that he is very far from a radical leftist and can more or less harmlessly be used as "the voice from the left"; the other is both rhetorical and anthropological: on these "debate talk shows" he has the pleasant but slightly overbearing manner that anybody who is familiar with pugilistic French-style intellectual dinner conversation will instantly recognise, as he holds court, and gently, humorously, earnestly buldozes any inopportune opposition with his abundant good-natured conversational loquaciousness.
In this book his thesis is that America's erratic, blustering foreign policy (in 2002) can be explained by the fact that far from becoming a hegemonic imperial power, America's relative power in the world is receeding dramatically, and that it is engaging in theatrical military posturing (in Afghanistan, in Irak, etc) in order to disguise the fact that it doesn't have the might required to impose it's imperium by force on the whole planet — especially in the context of the ressurgeance of Russia as a major regional military power. Todd points out that the US economy is basically unproductive: it is largely de-industrialized and relies on the toxic alchemy of stock market, debt and imports rather than on the production of real goods... explaining its massive trade defficit and dependency on the rest of the world. So far they have gotten away with it because capital from all over the world pours into the American stock market and government bonds, figuring that this is the "safest" place to put it. But America's position is fragile and it is very dependent on Europe, Japan (and now China...) — partners it doesn't have either the soft or the hard power to constrain. In fact it is treating these essential partners badly — unlike a real perenial empire, like the Roman one, which always tend, after the period of conquest, to treat the conquered rather like normal citizens — extensions of itself. Todd argues that the US in the 90s to another course, on the contary succumbing to exclusionary/racial impulses always latent in Anglo-Saxon culture to some extent. They thus fucked up their chance to be the arbiters of the post-cold war world and, because of laziness, lack of foresight and anthropological tendency to question universalism/egalitarian stance have condemned themselves to a dangerous and unstable role as a quasi-imperial power that does not have the might of it's pretentions in the twenty-first century world...
His argument has similarities to Yanis Varoufakis's idea of America as a "global minotaur" that plays the part of recycler of industrial surplus from all over the world: a universal consumer, or provider of demand in the depressed demand context of the globalized neoliberal world (where the systematically compressed wages tend to be insufficient and cannot insure the necessary consumption of the world industrial output...) But for Varoufakis this was some sort of machiavelical plan hatched in the seventies by the American central bankers to deal with the collapse of the system put in place right after the war (America recycling its surpluses and solidifying its position in the world by massively investing in Germany and Japan... By the early senventies, there are no more American surpluses.). For Todd, more plausibly, it is merely the opportunistic and haphazard contigent reactions of a not very lucid or insightful political class and economic elite.
À travers l'histoire, les formations impériales véritables on toujours présenté deux charactéristiques, liées l'une à l'autre par des rapports fonctionnels:
— l'empire naît de la contrainte militaire, et cette contrainte permet l'extraction d'un tribut qui nourrit le centre;
— le centre finit par traiter les peuples conquis comme des citoyens ordinaires et les citoyens ordinaires comme des peuple conquis. La dynamique du pouvoir mène au développement d'un égalitarisme universaliste, dont l'origine n'est pas la liberté de tous mais l'oppression de tous. Cet universalisme né du despotisme se développe en sentiment de responsabilité vis-à-vis de tous les sujets, dans un espace politique où n'existent plus de différences essentielles entre le peuple conquérant et les peuples conquis.
p.115-116
Le rapport au monde des Ango-Saxons est mouvant. Ils ont dans la tête un frontière anthropologique, qui faut défaut aux peuples universalistes et les rapproche des peuples différentialistes, mais cette frontière peut se déplacer. Dans le sens de l'extension ou du rétrécissement. Il y a nous et les autres, mais parmi les autres certains sont comme nous et d'autres différents. Parmi les différents, certains peuvent être reclassés comme semblables. Parmi les semblables, certains peuvent peuvent être reclassés comme différents. Mais, toujours, il y a une limite séparant l'humain complet de l'autre, "there is some place where you must draw the line". L'espace mental des Anglais peut être réduit au minimum, à eux-même, mais il peut s'étendre à tous les Britanniques, et il est certainement aujourd'hui en course d'extension à l'ensemble des Européens.
L'histoire des États-Unis peut être lue comme un essai sur ce thème d'une fluctuation de la limite, avec un élargissement continu du groupe central de l'indépendance à 1965, suivi d'un rétrécissement tendanciel de 1965 à nos jours.
p.152
(Irish and Italian and Jews and to some extent Asians can be included, but by defining "the unassimilable other" as Hispanics (Mexican/Indian roots) and especially Blacks, drawing the line.)
Le libre échange, on l'a vu, induit à l'échelle planétaire des difficultés de croissance et il est désormais un frein à la prospérité du monde. À court terme, il fait vivre l'Amérique selon un mécanisme franchement baroque : la déficience de la demande qu'il engendre donne aux États-Unis le rôle de "consommateur indispensable", tandis que la montée des inégalités, autre conséquence du système, permet le gonflement des profits qui alimentent ces même États-Unis en argent frais, nécessaire au financement de la consommation.
p.176
La société américaine est en revanche le produit récent d'une expérience coloniale très réussie mais non testés par le temps: elle s'est développée en trois siècles par l'importation sur un sol doté de ressources minérales immenses, très productif sur le plan agricole parce que vierge, d'une population déjà alphabétisée. L'Amérique n'a vraisemblablement pas compsi que sa réussite résulte d'un processus d'exploitation et de dépense sans contrepartie de richesses qu'elle n'avait pas créées.
La bonne compréhension qu'ont les Européens, les Japonais ou n'importe quel d'Eurasie de la nécessité d'un équilibre écologique ou d'un équilibre de la balance commerciale est le produit d'une longue histoire paysanne. Dès le Moyen Âge, Européens, Japonais, Chinois et Indiens, par exemple, ont dû lutter contre l'épuisement des sols, constater dans les faits la rareté des ressources naturelles. Aux États-Unis, une population libéré du passé a découvert une nature en apparence inépuisable. LÉconomie a cessé d'y être la discipline qui étudie l'allocation optimale des ressources rares, pour y devenir la religion d'un dynamisme qui se désintéresse de la notion d'équilibre. Le refus par les États-Unis du protocole de Kyoto, tout comme la doctrine O'Neill sur le caractère bénin du déficit commercial résultent en partie d'une tradition culturelle. L'Amérique s'est toujours développée en épuisant ses sols, en gaspillant son pétrole, en cherchant à l'extérieur les hommes dont elle avait besoin pour travailler.
p.248-249
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